| Titre original : | Shark Exorcist |
| Autres titres (fr) : | – |
| Réalisateur : | Donald Farmer |
| Date de sortie : | 11 juillet 2014 (Belize) |
| Genre : | Horreur / Absurde |
| Durée : | 71 minutes |
| Pays : | USA |
« Attention : Cet article contient des images de maquillage de série B de qualité douteuse. Aucun condiment n’a été maltraité durant le visionnage. »
Mes chers dévots de films douteux et nauséabonds, installez-vous confortablement sur le canapé de votre sous-sol. Aujourd’hui, nous descendons tout en bas de la chaîne alimentaire cinématographique. Croyez-moi, si votre douce moitié n’apprécie pas les séries B de fond de poubelle, épargnez-lui celui-là, car ce pourrait bien être le dernier qu’elle accepte de supporter.
Nous voilà face à une curiosité de 2014 qui prouve que Dieu a sans doute déserté les plateaux de tournage : Shark Exorcist. Réalisé par Donald Farmer, un homme dont la filmographie ressemble à un cri de détresse (on lui doit notamment Cannibal Hookers), ce film s’inscrit dans la lignée très sélective des « Sharksploitations » absurdes. À une époque où Sharknado tentait encore de faire croire que l’absurde était un concept marketing, Farmer a décidé d’aller plus loin : mélanger le plus grand succès de Spielberg avec le chef-d’œuvre de William Friedkin. Le résultat est un accouchement cinématographique douloureux, une sorte de mutation génétique entre un poisson pané et une bonne sœur sataniste. Ce film n’a pas seulement sa place dans le genre horrifique ; il est l’horreur à lui tout seul.
Une Eau Pas Très Bénite
L’histoire débute par une vision bucolique : une religieuse maléfique se promène dans un cimetière avant de poignarder une femme qui l’interpelle sur la plage. Pourquoi ? Parce que Satan, voilà pourquoi. Elle invoque alors un « vengeur » des profondeurs. Un requin en images de synthèse, dont la qualité graphique rappelle les plus belles heures de la PlayStation 1, apparaît alors, les yeux injectés de sang et de pixels.

Du coup on se retrouve an plus tard, à suivre trois jeunes femmes qui profitent de la vie au bord d’un lac. L’une d’elles, Ali, se fait mordiller par le squale démoniaque. En premier lieu on croit à un accident de Ketchup, mais en fait il s’agit d’une morsure et non pas une blessure ordinaire ; c’est une infection spirituelle. Ali commence à se tordre de douleur avec une insistance qui suggère soit une possession démoniaque, soit une réaction allergique aux fruits de mer.

S’ensuit une série de scènes décousues impliquant des enquêteurs paranormaux de pacotille (« Ghost Whackers »), une voyante qui vomit plus que de raison, des sœurs de sororité qui servent de buffet à volonté, et un prêtre, le Père Michael, qui semble avoir trouvé ses diplômes de théologie dans une boîte de céréales. Le tout culmine dans un exorcisme où l’on réalise que, pour sauver une fille-requin, il ne faut pas un plus gros bateau, mais un plus gros crucifix. Spoiler : un requin finit par tomber du ciel. Ne posez pas de questions, la logique est morte noyée dès la dixième minute.
L’Art du Rien avec Beaucoup de Vide
D’un point de vue purement technique, Shark Exorcist est une prouesse… d’incohérence. La direction artistique semble avoir été confiée à un stagiaire sous acide. Si la photographie est étonnamment lumineuse (on voit très bien à quel point les décors sont pauvres), le montage, lui, est un acte criminel. Les scènes s’enchaînent sans aucun liant narratif, comme si le réalisateur avait jeté ses rushes dans un mixeur avant de servir le tout.
C’est ici qu’il faut nuancer le cas Farmer. On pourrait crier à l’amateurisme pur, mais il y a chez lui une forme de déconstruction radicale. En ignorant les règles de base du montage et du rythme, Farmer crée une œuvre organique, presque expérimentale, où le vide devient une esthétique. Les effets spéciaux, qui semblent honnêtes selon les critères d’un logiciel de 1998, renforcent ce sentiment de décalage temporel. Quant aux scènes de possession, elles se résument à des actrices se roulant par terre dans une léthargie ponctuée de cris stridents. Le « hors-champ » n’est pas utilisé pour créer de la tension, mais par pure nécessité budgétaire, transformant le manque de moyens en une sorte de minimalisme abstrait. La musique, un mélange de nappes synthétiques génériques, finit de nous achever les tympans.
Fait amusant (ou tragique) : le film semble obsédé par les femmes se tordant au sol. On soupçonne le réalisateur d’avoir une passion fétichiste pour les crises d’épilepsie simulées, tant ces scènes s’étirent jusqu’à l’absurde.
Un Naufrage Jubilatoire
Regarder Shark Exorcist, c’est comme observer un accident de voiture au ralenti : c’est affreux, mais on ne peut pas détourner le regard. Le film est un désastre de cohérence. Comment le Père Michael connaît-il Ali ? Pourquoi la nonne a-t-elle attendu un an ? Pourquoi y a-t-il un requin dans un lac d’eau douce ? Le film s’en moque éperdument, et au bout d’un moment, nous aussi.
La force du film réside dans son humour involontaire. Les dialogues sont d’une platitude divine (« Nous allons avoir besoin d’une plus grosse croix ! », un clin d’œil à Jaws aussi subtil qu’un coup de pelle), et les situations sont si grotesques qu’elles en deviennent fascinantes. C’est un film « so bad it’s good », à condition d’avoir quelques amis et une boisson forte à portée de main. Parce que le film échoue là où ça fait mal dans se genre de nanar, il est peu divertissant. Non pas parce que sa composition est si mauvaise, mais surtout à cause de certaines longueurs trop pesantes et l’humour qui trouve difficilement sa place. Sa contribution au genre est nulle, si ce n’est qu’il repousse les limites du supportable. C’est une insulte au cinéma, mais une lettre d’amour au chaos.


